lundi 25 avril 2011

Sports nationaux–Hockey et Religion

 

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

Talent à revendre détruit par des imbéciles

Au moment où vous lirez ces lignes, le club Canadien de Montréal sera soit parti pour la gloire, soit sur la voie de l’extinction pour cette saison de hockey professionnel. Dans les deux cas, il y aura des amateurs qui risqueront d’être en pleine crise d’hystérie ou carrément au bord de la dépression. Alors, comme il y a de grosses chances que je ne sois ni hystérique, ni dépressif, je vais tenter de justifier mon état neutre, question d’agacer peut-être, ceux et celles qui ne comprennent pas que l’on puisse passablement demeurer indifférent à ce sport de la rondelle de caoutchouc.

Indifférent n’est peut-être pas le mot juste. Déçu serait probablement plus approprié. Voilà un jeu de glace d’une belle rapidité, exigeant forme physique extrême et intelligence, passion et stratégie, habileté et esprit compétitif. Jusque-là, ça va plutôt bien. Là où ça se gâte, c’est la façon dont les administrateurs de la Ligue nationale de hockey, la LNH, ont transformé ce superbe sport de contacts en sport de « goons », de brutes et de sans talent, uniquement capables de détruire la carrière des plus talentueux, ceci au nom d’une demande grandissante de violence sur la glace, question de contenter un public qui soit disant, en redemande.

Eh bien, rien n’est plus faux. Il y a deux sortes de public pour ce sport. Les connaisseurs iront pour la finesse du jeu, la rapidité d’exécution, les tours de passe-passe incroyables, les contacts solides, une rivalité saine, la passion et le talent supérieur de certains joueurs dans un sport qu’ils exercent avec grand professionnalisme. Et puis, il y a les autres, ceux qui ont une capacité d’analyse de la grosseur d’un petit poids du « Géant Vert ». Ces gens ne sont là que pour voir du sang sur la glace, des bagarres totalement injustifiées et le plaisir jouissif de voir une « armoire à glace », sans talent particulier, talocher plus habile hockeyeur que lui, mais hélas moins bien fourni côté boxe. Des fois, on serait porté à croire que certaines de ces brutes se sont trompées de sport. Même la boxe professionnelle n’en voudrait pas. Tout au plus, les commanditaires de la lutte « arrangée » pourraient peut-être s’y intéresser et ce serait tout. Pourtant, ce sont ces gens que les directeurs de la LNH encouragent dans leurs rangs et ce, pour une unique raison; le cash que cela rapporte. Maintenant, certains pourraient répondre que l’argent est bien le nerf de la guerre et ils auraient raison. Cependant, je demeure convaincu que l’erreur magistrale commise par les dirigeants de la LNH, est d’avoir installé des franchises de hockey en des endroits où le public n’y est tout simplement pas. Phoenix, sous les premiers jours de chaleur du printemps n’est vraiment pas une ville qui peut vibrer sous la fièvre du hockey, pas plus que Los-Angeles. Mis à part les quelques villes du nord des USA, le hockey est un sport nordique, un sport Canadien, un sport Russe, un sport Tchèque, un sport Suédois, un sport Finlandais. Il n’y a qu’à voir les équipes olympiques de ces pays pour se rendre compte de la beauté du spectacle, lorsque démunis de ces brutes qui entachent ce beau sport professionnel.

L’autre religion

Au moment où vous lirez ces lignes, cela en sera fini de la semaine Sainte. Non, ne riez pas! – parler d’allégeance religieuse dans un journal aujourd’hui, relève de l’acrobatie et c’est encore plus difficile que de contourner un Zdeno Chara sans se faire « effoèrer » sur un poteau de la bande d’une patinoire.

Pourtant, il s’agit d’une autre joute qui se joue, et celle-là, elle est à l’échelle planétaire. Ici, chez-nous, personne n’assassine les chrétiens et la guerre entre fanatiques de divers clans religieux n’existe que sur papier. Nous sommes déjà passablement emmêlés dans nos accommodements raisonnables pour ne pas avoir à résoudre des conflits qui pourraient porter atteinte à la vie et à la sécurité de tous. D’ailleurs, notre mentalité de peuple conquis et soumis semble nous pousser à abandonner toutes les valeurs qui nous étaient proposées, voire parfois imposées, par le passé. Pourtant, contrairement au hockey sur glace, la joute qui se déroule au quotidien dans nos institutions publiques risque de nous faire bien plus de mal à long terme qu’une perte de coupe Stanley par le Canadien.

Que l’on soit athée, catholique romain ou de toute autre croyance chrétienne, je ne crois pas que le bon ton du discours de tolérance actuel à l’endroit des plus exigeants extrémistes, soit de nature à favoriser la floraison d’une société meilleure et plus tolérante dans l’avenir. En toute sincérité, j’ai peur pour les générations futures issues de notre culture nord-américaine d’allégeance chrétienne et il serait futile de croire que si l’on s’ouvre totalement à une autre culture religieuse en oubliant la sienne, que le mixage des deux va donner de grands comportements de tolérance. J’ai bien dit, « culture » et non religion, car parler de religion ou de pratiques religieuses ici dans le Québec actuel, c’est s’exposer presque immédiatement aux railleries de cette clique bienpensante de nos grands médias nationaux.

Actuellement, personne ne trouve à redire si un crucifix, un sapin de Noël ou un geste religieux chrétien devient interdit dans un quelconque endroit publique. Pourtant, nous tolérons et même avons enchâssé dans certaines de nos lois, le Kir pan, le turban, le port du voile intégral et la libre expression de toute manifestation religieuse accepté librement par ses pratiquants… sauf pour les chrétiens, surtout les catholiques. À raison ou à tort, bien des choses peuvent être reprochées à notre culture religieuse, mais n’empêche que sans elle, nous, peuple de souche Québécoise et Acadienne, n’existerions plus. Alors qu’aujourd’hui, nous nous débarrassons allègrement de tous ce qui symbolise notre survivance identitaire, nous creusons nous-même notre tombe de l’oubli. La nature ayant horreur du vide, que ce soit en physique, en politique ou en histoire, ce vide sera rempli par autre chose et ce n’est certainement pas ces différentes croyances extrémistes minoritaires qui vont s’en priver, et ce au nom de ce même Dieu qui fut à l’origine de la Foi de nos ancêtres. Alors le risque est grand d’oublier d’où nous venons et comme le dit le dicton : « si un jour nous avons oublié d’où nous venons, il se pourrait bien que nous ne sachions pas non plus où aller. » Il restera alors pour les nouvelles générations l’option de s’intégrer à ce qu’on leur présentera. Si un jour, c’est le voile intégral, il ne faudrait pas s’en surprendre.

Notre propension à faire table rase de tout nous place dans une contradiction que peu semblent percevoir. Si la France, et c’est très bien ainsi, a pour symbole une femme qui avance au combat avec un sein découvert, je ne crois pas que notre logo du club de hockey Canadien nous mène aussi loin dans notre réflexion identitaire. Et si les États-Unis, pays qui se dit démocratique, affiche sur sa monnaie « In God we trust » - (En Dieu nous mettons notre confiance) , je ne crois pas que nos petits « Ad mari usque ad mare » (D’une mer à l’autre) ou notre bien connu « Je me souviens » nous mène beaucoup plus loin que sur le chemin de l’oubli. « Je ne me souviens plus » pourrait bien devenir le prochain slogan du peuple Québécois et ce ne serait que la suite logique à un déni de tout ce que nos ancêtres ont été et ce que nous aurions dû devenir, c’est à dire une nation tolérante, mais quand même fière de ses origines chrétiennes et de ses symboles. Il serait triste qu’un jour, un enfant soit envoyé chez le directeur de son école, par représailles pour avoir porté un collier avec un petit crucifix, le tout dénoncé par un camarade portant sur son gilet un gros logo du Canadien, à moins que ce ne soit celui des «nouveaux » Nordiques.

Il y a 2000 and, on dit qu’un type était venu nous dire qu’il fallait s’aimer les uns les autres. Voilà de quoi éviter pas mal de chicanes. À ce que je sache, il n’a quand même pas dit : « Niez qui vous êtes, cachez totalement le visage de vos femmes et tuez tous ceux qui ne pensent pas ou n’agissent pas comme vous. » Et si on essayait simplement d’être qui nous sommes tout en apprenant à nous faire respecter comme tels. Ce serait peut-être là un bon début, même en portant avec fierté le chandail des Canadiens… ou des Nordiques.

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG