jeudi 19 mai 2011

Croire en ses rêves

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

 

Écrivaine, elle invente le crime pour dénicher le criminel.

*Contrairement à ses sujets principaux qui pour la plupart iront en prison, Dominique Damien sort les mots de la geôle du silence pour entraîner le lecteur dans des enquêtes bien ficelées.

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« Finissants 92 : Rencontre ultime »

C’est le titre de son dernier roman publié aux Éditions du Mécène dans la collection (Les mots inventifs). Mis sur le marché en 2010, il s’agit du troisième polar de cette madelinienne d’adoption, qui n’en finit plus d’écrire pages après pages, surtout depuis sa première venue aux Îles de la Madeleine en l’été 2008. Cela m’a pris deux jours avant de tomber en amour avec les Îles dit cette femme en vous regardant droit dans les yeux, comme si elle avait peur que vous ne la croyiez pas. Chez cette auteure, il n’y a pas de faux fuyants ni parades. Si elle peine à trouver les bons réseaux de distribution de ses livres et ne s’en cache pas, elle produit des centaines de pages d’enquêtes, d’intrigues et d’assassinats, avec une facilité presque déconcertante. Véritable machine à roman de style polar, madame Damien est une boulimique de l’histoire criminelle inventée, une histoire qu’elle crée, cache, découvre et nous mène à sa suite dans le cerveau de l’assassin et le labyrinthe des différentes techniques d’enquêtes.

Son récent roman se lit comme tout bon polar, c’est à dire presque tout d’un trait. Présenté sur une belle couverture, brillamment illustrée par Hugo Miousse, le graphiste du journal Le Radar, l’histoire ne se déroule pas aux Îles de la Madeleine comme on aurait pu le soupçonner. Le crime est universel et je ne vous raconterai pas l’histoire, mis à part le fait qu’il s’agit d’un assassinat à partir de ce qui semble un accident banal et que vous, le lecteur, n’arriverez pas à fermer le livre avant d’avoir découvert celui qui a commis cet acte odieux. Voilà l’indice d’un bon polar. Évidemment, il ne s’agit pas de littérature de haute voltige à caractère élitiste et de niveau universitaire, mais bien d’un style simple, bien écrit, et qui coule comme eau de rivière tout au long de l’action qui nous est présentée. D’ailleurs, bien qu’il y ait de nombreux personnages, le lecteur moyen n’aura absolument aucune difficulté à suivre l’action tout au long du parcours et ce jusqu’à la grande finale.

Afin d’en arriver là, l’auteure a dû se documenter très sérieusement afin de ne pas induire en erreur ses lectrices et lecteurs. L’enquête a des allures professionnelles, les détectives sont très crédibles et la chronologie des évènements est dotée d’une logique qui se tient. De plus, chaque fois qu’il est nécessaire d’expliquer un quelconque problème mécanique, le lecteur se voit donner l’essentiel des connaissances suffisantes afin de poursuivre le fil de l’histoire sans se sentir « charrié » par l’auteur. Les données techniques sont bien vulgarisées et sans excès. Voilà, je n’en dis pas plus sur ce roman. À vous de le découvrir.

Mais qui est Dominique Damien?

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Pour ceux qui ont vu le film, elle est du pays des « Chtis ». D’ailleurs, son accent ressemble drôlement à un mélange de français européen mêlé aux accents prononcés acadiens et madelinots. Née dans le nord de la France, ses parents déménagent vers l’est, dans la région des Alpes françaises alors qu’elle n’avait que 2 ½ ans. Sixième d’une famille de huit enfants, elle reçoit une éducation très conventionnelle, même si elle se sentait bien différentes des autres. Convaincue depuis son très jeune âge qu’elle avait une âme d’artiste, elle fut vite découragée de poursuivre dans cette voie. « Artiste, c’est pas un métier ça » qu’on lui disait à la maison. Dans son entourage, une femme était née pour avoir une ribambelle d’enfants, s’occuper de son mari et voir à la gestion interne de la maison, pas plus. C’est alors que la petite fille qu’elle était s’enferma dans un mutisme silencieux et s’inventa pendant toute sa jeunesse, des tonnes d’histoires farfelues. Des histoires de crimes qu’elle inventait pour le plaisir des résoudre, mais des histoires qui ne sortaient jamais de sa tête. Plus tard, elle devint maman et eût trois enfants. En 1998, la famille arrive au Québec et la maman devient courtier en immeubles et quelque temps plus tard, ouvre son propre bureau de courtage. Malheureuse de sa situation malgré le succès apparent, elle rencontre une hypno thérapeute qui l’aide à briser les murs de cette prison dans laquelle elle était enfermée depuis l’enfance. Malgré le métier qu’elle exerçait, elle dit : « je voulais parler à du monde mais je n’y arrivais pas. » Même si elle noircissait des pages en silence, elle se sentait toujours coupable d’écrire, un peu comme si elle avait triché en cachette de ses parents et de la famille.

Une fois le miroir brisé, elle écrit son premier roman, Recherche effrénée à Trois-Rivières, qu’elle publie aux éditions Mélonic en 2007, et ensuite Vengeance par procuration, toujours aux éditions Mélonic en 2008. Puis en 2010, une fois installée aux Îles depuis quelques années, elle publie son petit dernier, Finissants 92 : Rencontre ultime. L’écrivaine en elle ne s’arrête pas là. Un quatrième roman est prêt pour publication et puis un cinquième. Celui-là, l’action se passe dans l’environnement des Îles. Et comme si ce n’était pas assez, un sixième roman est en cours d’écriture.

Dominique Damien puise son inspiration partout et dans tout. Le trop plein abouti toujours sur des feuilles. Avec elle, pas de syndrome de la page blanche, bien au contraire. Elle s’est tellement retenue d’écrire que là, comme on dit ici, ça sort tout seul. D’ailleurs, sa technique d’écriture pourrait bien être déstabilisante pour certains. Contrairement à d’autres auteurs, elle ne campe pas tous ses personnages au début du roman afin de mener son lecteur vers l’assassin à la toute fin. Elle commence presque toujours par le crime et continue son enquête alors qu’elle ne sait pas elle-même qui est le criminel. Pire il lui arrive parfois de se demander s’il y a véritable crime et c’est en couchant sur papier l’enquête qu’elle découvre le coupable.

Une collectionneuse

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Voilà un tableau de bord bien garni.

Surnommée madame polar par certains, Schtroumphette par d’autres, elle est bien connue des automobilistes madelinots puisqu’elle est la seule à se promener en voiture « coccinelle – la New Beatle » dont le tableau de bord regorge de figurines de Schtroumf, ces petits personnages tous bleus de la bande dessinée connue internationalement. Ces personnages sont en quelque sorte ses fétiches car ils ont été créés la même année de sa naissance. En 1985, alors en Europe, elle acquiert une petite Fiat dont le tableau de bord avait l’air d’une table. C’est là que sa petite fille commence à accumuler les figurines sur cet espace inutile. La tradition est demeurée et en mai 99, la New Beatle et les deux autres qui ont suivies ont toujours été décorées de ces petites figurines bien spéciales. Il semble d’ailleurs que notre romancière s’inspire aussi du caractère différent de chacune de ces figurines bleues pour camper ses personnages, à moins que ce ne soit pour représenter différents personnages madelinots qu’elle rencontre au fil des jours. On dit même que certains lui en apportent gratuitement pour enrichir sa collection.

Bonne semaine à toutes et à tous.