dimanche 15 mai 2011

IMMATURITÉ. INC

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

Le Québécois est un ado dont les parents sont morts depuis longtemps.

Avec un titre pareil, la difficulté suivante vient comme suit: Par où commencer?

La faute en est au télé-journal de la veille. Peu avant d’aller dormir, voilà que j’ai appris la belle unanimité de l’Assemblée nationale à propos d’une commission parlementaire sur les drames familiaux. Loin d’être en désaccord avec une telle consultation et la nuit portant conseil, voilà que je me vois en train de rédiger le mémoire que je souhaiterais y présenter. Hélas, il ne sera jamais accepté puisque le jour de la publication de cette chronique, le gouvernement à eu encore une fois “la chienne” et fait volte-face en abolissant l’idée d’une telle consultation. Curieux comme au Québec, quand le monde ordinaire dérape, cela passe dans les nouvelles communes, mais quand un médecin, bon père de famille, cardiologue exemplaire, assassine ses deux enfants; là on sort toute l’artillerie psycho sociale et analytique pour tenter de savoir ce qui ne va pas. Un pas en avant, puis deux pas en arrière, et c’est ainsi qu’on avance au pays du Québec.

Mémoire d’un Québécois ordinaire

Enfanté dans la religion (la toute puissante Église de l’époque), materné dans un conservatisme étroit (le Duplessisme autoritaire), plaqué devant la fenêtre donnant sur le monde entier lors de son secondaire (l’Expo-67), révolté de sa position sociale, culturelle et politique dans sa propre maison occupée par l’étranger (la naissance du nationalisme québécois), l’enfant devenu adolescent suit ses puissantes pulsions hormonales et jette par-dessus-bord absolument tout ce qui l’entoure. Imprévisible, il claque la porte et se tourne vers la rue dans l’espoir d’y trouver la liberté, la vraie liberté. Du coup, il en oublie ses parents, ses frères et sœurs, la sécurité du domicile familial et toutes les règles qui régissaient cette vie dont il se sentait prisonnier.

Si la liberté se savoure dans ses premiers instants, elle a cependant toujours un prix et ça, le peuple ado du Québec l’ignorait. Oubliant son passé et faisant table-rase d’absolument tout, il se retrouve dans la ruelle avec d’autres comme lui. Pour ne pas mourir, il apprend vite que l’unique voie de la survie s’appelle la compétition, la bagarre, l’utilisation de la force et la production de résultats concrets et immédiats. Intelligent et débrouillard, les premières années dans ce monde lui réussissent plutôt bien. Tellement bien qu’il en oublie absolument tout de sa tendre jeunesse, des règles de base qui « l’écoeurait » et même du genre d’école qui lui avait quand-même procuré les outils de base qui le servait si bien dans son nouveau monde « libre ». Cadeau exquis, on lui avait même supprimé l’obligation scolaire de connaitre l’histoire de ses parents, de ses ancêtres.

L’inventeur

Quand on a plus de passé, alors on réinvente tout!- car ce n’est pas en ayant tout renié que l’on a plus besoin de rien, bien au contraire. Ce vide collectif et personnel nous rattrape très vite et puisque l’on vient de le gratifier du titre de « winner » au lieu de celui de « looser » qu’on lui avait si malicieusement collé auparavant, la nouvelle religion de l’homo québécus devient la réussite sociale et monétaire à tout prix. Nouvelles cathédrales religieuses, les arénas et centres sportifs poussent comme des champignons, l’équipe locale devient « la sainte flanelle », les clubs économiques privés se multiplient et le rêve de tous les jeunes de cette époque glorieuse se résume à l’image de quelques objets et satisfactions personnelles. Grosse maison, grosse télévision, gros « char », gros « ski-doo », gros bateau, quelques voyages par années dans le sud et puis, cerise sur le sundae, une carte de membre d’un club de golf! En d’autres mots, c’est le bonheur tel que décrit par toutes les agences de publicité de la province. Pour y arriver, l’homo-québécus s’invente donc son propre système d’éducation, un système qu’il modulera au gré de ses autres obligations et paresses. Quant à se procurer tous les biens dont il a besoin pour son bonheur, toutes les compagnies de finances se battent entre elles pour lui prêter tout l’argent dont il a besoin pour atteindre la satisfaction totale. C’est le grand départ de la course au bonheur et qui dit bonheur, dit aussi bonne santé. Alors, pour ne pas souffrir de la moindre céphalée, il s’invente aussi à grands frais un système collectif de soins de santé que les institutions financières seront enchantées de financer à fort taux d’intérêts bien sûr. Et si jamais, les sous venaient à manquer, les déficits gouvernementaux couvriraient avec joie la dette insurmontable. Eh ben!-pourquoi pas? Le slogan publicitaire de l’heure n’était-t-il pas; « Tout le monde le fait, fais-le donc! »

Oubli ou mensonge

Dans sa course effrénée vers « la réussite », l’ado collectif québécois a oublié une chose, une chose très importante. Dans une course, il n’y a toujours qu’un gagnant, une foule moyenne qui suit et puis quelques retardataires qui ne rattraperont jamais le lot. La vie est ainsi faite, mais comme il s’est inventé un système d’éducation modelé sur ses besoins primaires et non sur des vérités de base universelles; ni lui, ni personne, n’a pu lui apprendre cette vérité toute mathématique. Alors, le québécois, il est déçu! Et que fait un ado quand il est déçu? – il gueule, il chiale, il crie, il pleure, tape du pied et serre les poings. En résumé, quand il n’obtient pas ce qu’il veut, il frappe le chat, tue son hamster, botte le chien, tuerait ses parents s’il le pouvait. Le malheur, c’est que cet ado là, il s’est fait des enfants et ce ne sont pas des enfants ordinaires. Ce ne sont pas « des » enfants, ce sont « ses » enfants, c’est à dire non pas des êtres promis à une liberté future parce que bien préparés, mais « ses » jouets à lui, à travers lesquels il se projettera dans la réussite. Et si jamais ils ne répondent pas à « ses » objectifs, ce sera tout comme «sa » femme ou « son » homme. Il ou elle les tuera pour ne pas avoir répondu à « ses » désirs et «ses » attentes.

Que des suicides, des assassinats, des homicides ou des infanticides surviennent de façon extrêmement rare dans une communauté, demeurera malheureusement une réalité presque inévitable. Par contre, quand cela commence à sembler à une manière d’agir à laquelle on s’habitue, là il y a lieu de réagir et le temps presse. OUI, vite il faut une commission parlementaire, mais il faut aussi plus que cela. Il faut un véritable examen de conscience sur nos valeurs collectives et individuelles, un regard sans pitié et condescendance sur notre passé et un regard lucide et sans compromis sur notre avenir.

La responsabilité de tous

Les monstres qui tuent, c’est nous qui les avons créés collectivement. En quelques décennies seulement, nous avons réduit le rôle de l’homme à celui de héro ou de zéro et ceci sans nuance. Au lieu d’aider la femme à se libérer « avec » son homme, nous avons tenté d’écraser l’un pour remonter l’autre. Quand la seule valeur d’un individu, homme ou femme, demeure le genre de travail qu’il fait, et qu’après 30 ou 35 années de labeur et d’accumulation de biens synonyme de réussite, tout s’écroule; comment se surprendre des résultats catastrophiques sur les épaves de familles qui demeurent. Les seules personnes qui s’en sortent, que ce soit après la perte d’un ou plusieurs emplois, après une fermeture d’usine, après une grave maladie, un deuil difficile, une relation ratée depuis les débuts, sont ceux et celles qui ont heureusement hérité de valeurs immuables qui ne s’achètent pas. Elles sont des personnes qui n’ont pas tout renié du passé, mais qui ont gardé l’essentiel, plaçant la paix intérieure, la recherche spirituelle, la découverte d’un sens à la vie, bien au-delà des valeurs matérielles. Elles sont des personnes jeunes qui ont eu la chance d’avoir des parents ou un entourage bien campé sur des valeurs fondées sur le respect, une saine distinction entre amour et désir, entre amour et amitié, entre solidarité et partage, entre instruction et éducation, entre beauté physique et beauté intrinsèque, entre richesse intérieure et richesse extérieure, entre obligations envers soi-même et obligations envers les autres.

Pas facile tout ça et personne n’est parfait. Cependant, c’est uniquement à ce prix que nous aurons une société adulte, capable de se remettre en question, mais aussi capable de s’assumer sans voir ses citoyens les plus en détresse, assassiner leurs parents ou leurs enfants, simplement parce qu’ils ne voient aucune issue pouvant les mener au bonheur.

Bonne semaine à toutes et à tous.

GG