lundi 9 mai 2011

Parade de chapeaux à Londres et élections oranges

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

 

Mariage princier, (mixed feelings)

Vendredi dernier, un prince à marié une « roturière » et cela a fait « tripper » plus de deux milliards de téléspectateurs a-t-on dit. Bon, tant qu’à beurrer épais, allons-y pour la royauté me suis-je dit tout en sortant du lit ce matin-là. Je me suis donc tapé plus d’une heure et demie de voyeurisme, partagé avec les supposés deux milliards de voyeurs comme moi de la planète terre. Bien que non porté sur la royauté toute Britannique, je vous mentirais si je vous disais que je ne fus pas impressionné par le spectacle.

Côté positif

L’Angleterre a grand besoin de relever son image internationale et surtout sa monarchie. Voilà qu’un jeune couple qui, dit-on amoureux, vient de poser le geste ultime au sein de cette aristocratie royale, en se mariant au vu et su du grand public international. Jeunes et beaux, pas trop embarrassés, du moins en apparences, des obligations protocolaires de leur état; ils ont donné tous les deux un air de fraîcheur et de jeunesse à une institution dont la poussière commençait « royalement » à en faire disparaître les couleurs. Et des couleurs, il y en avait… et des chapeaux aussi. Particulièrement le rouge et par contraste, le noir, surtout chez les hommes. Le rouge anglais, les uniformes militaires, les tonnes de dorures et des rubans contrastants pour souligner tout le faste de cette cérémonie nuptiale. Quant aux chapeaux, je vous assure que je voudrais bien être un vendeur de chapeaux dans une boutique de n’importe quelle grande ville du monde aujourd’hui. Ce serait probablement la fortune assurée, puisque toutes ces dames, ces belles dames, portaient toutes des couvre-chefs qui avaient l’air d’un concours d’œuvre d’art de la discipline des têtes couronnées. Une chance qu’il ne ventait pas parce que tout cet attirail aurait bien pu s’envoler entre les clochers de l’abbaye de Westminster en deux temps trois mouvements.

En dehors de ces considérations somme toute esthétiques, il est certain que tout ce spectacle de l’union d’un prince et sa dulcinée, rapportera au cours de l’année de gros sous à une Angleterre qui vit une économie plutôt pénible de ces temps-ci. Quand son gouvernement parle de couper un demi-million de postes de fonctionnaires, on ne rit pas, pas plus que lorsqu’il s’agit de couper massivement dans les programmes sociaux, l’assurance maladie et autres programmes taillés pour les plus pauvres de cette société. Curieux phénomène cependant, que d’exposer le faste de gens riches et célèbres pour faire avaler la pilule à des gens pour qui, le quotidien, ne ressemble en rien à la misère de ces riches.

Côté négatif

Tous les médias internationaux ont dit à peu près ceci :  « Ce fut une cérémonie réussie sur toute la ligne sauf pour quelques impers vestimentaires. » Personnellement je ne suis pas de cet avis, sauf pour les quelques «horreurs » vestimentaires qui auraient pu être un peu plus discrètes. En effet, les deux duchesses d’York, les princesses Eugénie et Béatrice, cousine du prince William, portaient des chapeaux qui leur donnaient des airs de poupées sorties tout droit d’un immense pot de fleur. Pour ce qui est de la princesse Eugénie, sa robe était si froissée que, vue de dos, les plis étaient restés collés là où la pudeur m’empêche de citer l’endroit. Quant à l’utilisation par les médias du mot « roturière » pour qualifier les origines de la nouvelle princesse, Kate Middleton, ennoblie du titre de Catherine, duchesse de Cambridge, je le trouve assez tiré par les cheveux. Dans le dictionnaire Larousse, on dit du mot « roturière » qu’il s’agit d’une personne de condition inférieure qui n’est pas noble. Quant au mot « noble », on y lit qu’il s’agit de quelqu’un au-dessus du commun, qui l’emporte sur les autres êtres ou objets de son espèce.

Bingo!...et voilà que l’on continue d’entretenir le mythe du prince charmant épousant Cendrillon, cette pauvre « magannée » de la vie, qui sera heureusement sauvée par le prince sur son grand cheval blanc. Voilà que nous, les hommes « ordinaires » on en prend pour notre rhume. De là à nous faire passer pour des crapauds, il n’y a qu’un pas et c’est ainsi que presque toutes les petites filles du monde continueront à rêver au prince charmant qui les épousera, alors que les petits garçons, eux, rêveront de chevalerie et d’armure tout en plantant le gars du coin pour s’envoyer sa belle. Bien sûr, je caricature, mais le tout n’est pas si loin de la réalité. Tout en étant pas « psy » de toutes ces questions, je me demande si nous avons encore besoin d’entretenir de tels mythes pour présenter un avenir sain et stable à nos enfants. Le besoin de rêver est essentiel, j’en conviens, mais de là à en faire une réalité incontournable, j’en doute, surtout du genre « Cendriloche »

Deux autres choses

Les deux autres remarques sont un peu plus terre-à-terre. D’une part, en aucune occasion, même pas dans la cathédrale, ni un officiant, ni un célébrant, pas même un commentateur de télévision, n’a mentionné le nom de Lady Di au cours de toute cette cérémonie. Pourtant, il était perceptible que son fantôme était là et qu’il faisait un beau pied-de-nez à toute cette aristocratie constipée. Après tout, Lady Diane Spencer, la Lady Di si aimée du public et si détestée de la Cour Royale, était la mère du Prince William, le beau prince qui mariait sa belle en ce jour mémorable pour toute l’Angleterre.

Quant à l’autre remarque, elle tient plutôt de mes origines personnelles. Pour que tout ce beau monde soit si riche, si bien vêtus, si habillés d’apparats, il a bien fallu que d’autres peuples en souffrent, que d’autres meurent en guerre, que d’autres deviennent les victimes de tous ces descendants de princes triomphants. Ils portent encore à chaque fois l’uniforme militaire, un uniforme qui à peu de choses près, ressemble à celui des soldats de Wolf sur les Plaines d’Abraham et surtout le même que celui des soldats de John Winslow à Grand-Pré, lors de la déportation des Acadiens en 1755. Bien sûr, personne ne peut refaire le passé, mais personne non plus ne choisit l’endroit de sa naissance pas plus que sa nationalité. Alors, les nobles versus les roturiers, je suis obligé de vous dire que moi, je me les passe où vous savez, un peu comme si ma mémoire actuelle demeurait avec des « restants » de souvenir de mes ancêtres, victimes des Britanniques. Cela ne m’empêche toutefois pas d’apprécier la valeur individuelle de tous ces gens et si, par bonheur, ce jeune couple pouvait trouver une façon d’enclencher le processus d’une simple excuse officielle envers les Acadiens de la dispersion, ils auraient alors tout mon respect et toute mon admiration. En attendant, je préfère l’Ave Mari Stella, hymne national du peuple Acadien, au très connu « God save the Queen. ».

Les élections

Ah oui! Les élections!...Eh bien, vous le savez déjà, mon souhait de la semaine dernière ne s’est pas réalisé. Plutôt que d’avoir un gouvernement minoritaire de droite, ce qui aurait pu contenter à peu près tout le monde, nous voilà avec un gouvernement majoritaire de droite et un Québec toujours dans l’opposition, mais de forte gauche. Comme illustration de deux solitudes dans un même pays, difficile de trouver mieux… ou pire. Enfin, c’est l’avenir qui nous le dira.

Il y a toutefois une chose qui me trouble un peu dans tout notre système électoral, calqué faut-il le souligner, sur celui de la Grande Bretagne. C’est qu’un parti avec 40% du vote peut gouverner pendant un maximum de cinq années, alors que l’ensemble des autres partis forment plus de 55% des gens qui ont voté. Conclusion, quatre personnes sur 9,5 mènent la destinée de tous les autres sans que ces dernières aient droit au chapitre pour les cinq prochaines années du calendrier électoral. Pire, parmi ces 5,5 personnes tenues en dehors du pouvoir exécutif, aucune d’entre-elles ne sera choisie comme ministre et ce en aucun cas. À force de nous dire que notre système parlementaire est le meilleur même s’il y aurait place pour amélioration, je crois que nous avons fini par y croire réellement, même si les chiffres disent le contraire.

Bon, depuis le temps qu’il la voulait sa majorité le Premier ministre Harper, il va finalement l’avoir. Alors, attendons-nous à voir un grand vent de liberté pour les multinationales, surtout les pétrolières, ceci sans oublier les probables tours de forage dans le golfe Saint-Laurent. Comme le disait le député de Beauce Maxime Bernier, « Cé les valeurs de liberté qui créent des jobs. » Liberté, OUI!, mais tout à un prix. Espérons que ce ne sera pas au détriment de la plus élémentaire décence à l’endroit des plus démunis de notre société. Toutefois, si tel était le cas, nous n’aurions qu’à nous en prendre à nous-mêmes, car c’est nous qui avons voté. « Waiter, un verre de jus d’orange s’il vous plaît. »

GG

1 commentaires:

Nickie a dit…

Oui comme tu l'écrit si bien Georges, mixed feelings. Bien sur comme la plupart, j'ai aussi fait mon heure de voyeurisme. Espérons que la belle Kate ne se laissera pas broyer par le système monarchique ces prochaines années.

Quant aux élections eh ben, j'ai pensé la même chose quant aux 2 solitudes. Qu'est-ce que tu veux, les Québécois on est comme ça, quand on en a ras le pompon on fait le ménage et, ça donne ce que ça a donné lundi dernier. Non seulement on est pas plus avancé qu'avec le Bloc, en plus on est pris avec Harpeur qui continuera à n'en faire qu'à sa tête en se foutant de tous et chacun.