lundi 30 mai 2011

Une question en or

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

 

(1) « Est-ce que le monde va craquer avant que je sois grand ? »

*Si un enfant vous pose cette question, ne la banalisez pas. Elle porte en ces mots tout l’avenir de notre monde, toutes ses espérances et aussi, toutes ses craintes.

Curieux comme les enfants ont le don de poser des questions courtes, simples et qui portent le monde en elles-mêmes. Est-ce parce que les murs de la retenue, de la censure, de la rectitude ne sont pas encore érigés?-est-ce parce que leur cœur est ouvert sur la découverte, l’infini, là où tous les possibles et toutes les attentes sont permis?

Bon d’accord! J’admets être plutôt influencé de ces temps-ci par mes toutes récentes lectures et je n’ai pas envie de m’en excuser. Je crois même que tous les êtres devraient bénéficier d’un temps sacré pour lire, un temps compté, aussi important que celui de travailler, de se nourrir, de se soigner ou de jouer. S’il est une chose que la lecture apporte, c’est bien de nous forcer à réfléchir, à écouter plutôt que de parler, à marcher pour digérer tel ou tel paragraphe, à ne rien faire pour tout faire, c’est-à-dire comprendre, assimiler, apprendre. En quelques mots, vivre plutôt que survivre, trouver l’équilibre, la liberté, le bonheur quoi!

Le Plan Nord

Le Plan Nord!-Je me suis tus et j’ai écouté le Premier ministre Jean Charest nous le présenter. Je me suis interdit toutes les critiques journalistiques, toute opposition médiatisée, toutes ces contestations devenues automatiques et contre tout, du moment que l’on parle de développement économique, de changements de gouvernance, de manière différente de faire les choses. Je me suis donné la liberté d’analyser le plan nord tout seul, sans l’influence de qui que ce soit. Comme un moine du moyen-âge, je me suis enfermé dans ma caverne (symbolique) pour méditer et réfléchir, loin des feux en Alberta, des inondations au Québec, de la pluie et du froid constant qui règnent sur nos Îles depuis le début de mai, de cette nature qui tente de nous interpeler sans cesse pour nous dire quelque chose que nous ne comprenons pas, ou que nous ne voulons pas comprendre.

Et puis tout à coup, « le flash »! -et non la vierge ne m’est pas apparue. Une simple déduction m’est venue en tête. Le Premier ministre Jean Charest est un sacré bon joueur de poker. Personne n’a vu la carte maîtresse qu’il cachait dans son jeu. Son refus d’une commission d’enquête sur la construction qui semblait d’une disproportion insondable et hors du bon sens politique peut maintenant s’expliquer. Monsieur Charest est loin d’être « un deux de pique ». Il est un brillant politicien qui n’a qu’un objectif, se faire réélire. Et quoi de mieux pour se faire élire que de distribuer juste au bon moment, bien des promesses, mais aussi et surtout un rêve de richesse, un but à atteindre, un « plan » crédible… ou qui semble l’être. Loin de moi l’idée d’accuser l’auteur d’une grande machination. Je crois sincèrement qu’on va creuser un grand trou au Québec, peut-être plusieurs grands trous, pour y trouver du fer, du cuivre, de l’or, de l’argent, de l’uranium, du gaz tiens, et peut-être même du pétrole. Tous les québécois en santé vont se mettre à creuser de grands trous, dans le « grand » Nord et on les paiera bien pour ça. Nourris et logés pour des peanuts, formés à la pelle mécanique, à la taverne de la compagnie et à la discipline des chantiers de construction. Maintenant qu’on a plus les moyens de payer notre système de santé et qu’on a nivelé par le bas notre système d’éducation, il nous reste à former de vaillants « pelleteux » pour les grandes multinationales. D’ailleurs, l’histoire du Québec recèle d’exemples identiques par le passé. Le travailleur québécois est vaillant et c’est vrai. Il est aussi prêt à tout, à sacrifier vie de famille et éloignement de son chez-lui pour se sortir « du trou » de sa misère. Et qui peut l’en blâmer, lui, le travailleur le plus taxé d’Amérique. Il est prêt à oublier à quel point quelques privilégiés sont capables de manipuler ses lois pour s’emplir les poches à ses dépens, en autant qu’il tire sa quotepart de ce marché de dupes. Il est même prêt à faire table rase de bien des valeurs démocratiques, des valeurs humaines, sociales et culturelles pour le rêve d’une maison payée « cash » un de ces jours et qui sait, peut-être le long de la rivière « Richelieu ». Pour cela, on lui fera creuser un autre trou, dans le sol dur du bouclier canadien et si l’on a la moindre conscience écologique, on lui fera creuser un autre trou juste à côté, uniquement pour boucher le premier et ainsi de suite, à la condition bien sûr que l’on trouve au fond du nouveau « trou » quelque chose de payant comme « de l’or » par exemple, ou de l’uranium.

Fawzia Koofi, première femme politique Afghane dit ceci dans son livre (Lettres à mes filles – Michel Lafon, pages 333-334). « Le contrat pour tel ou tel chantier serait remporté par l’entreprise la plus à même de l’exécuter, et non à celle ayant versé le plus gros pot-de-vin… Et les politiciens seraient tenus d’écouter les souhaits de leur électorat et d’agir en conséquence. »… et ensuite elle dit craindre d’être taxée de naïve. Bien sûr, le Québec n’est pas l’Afghanistan, nous ne connaissons pas la guerre sur notre territoire, du moins pas encore. Cependant, tout comme l’Afghanistan, notre sol regorge de richesses minières et notre Grand Nord est peuplé d’autochtones de différentes origines. Ils sont pour la plupart pauvres, souvent exploités par des compagnies propriétaires de droits accordés douteux et en droit d’attendre plus de nous, les habitants du Sud, que d’un trou dans leurs terres qui ne leur apporterait que misères et frustrations. Je ne voudrais pas donner l’impression que je suis contre tout développement de territoire, bien au contraire. La richesse, quand elle est équitablement distribuée et bien exploitée demeure un outil essentiel vers la liberté de tous. Mes craintes sont simplement motivées par une connaissance des expériences passées. Allez visiter les anciennes mines de charbon de Glace-Bay en Nouvelle-Écosse, parlez à un guide qui y travaillait jusque dans les années 70 et vous m’en donnerez des nouvelles. Peut-être que si j’avais vu notre gouvernement faire le grand ménage dans sa propre cour à propos des allégations de corruption dans le monde de la construction et aussi en partie dans l’ensemble du monde politique actuel dans ma province, peut-être que je ne sentirais pas le besoin de citer les craintes identiques citées par une femme ministre en Afghanistan. Tout ceci ne démontre pas un manque de réalisme que certains critiques aimeraient sans doute ridiculiser pour s’en défendre. Le phénomène de corruption politique est un problème universel et peut mener aux pires excès s’il n’est pas enrayé à sa source. Alors, quand je suis devant un joueur de poker, je me méfie autant de sa gestuelle que de son plan de match. Disons que j’ai peur que l’on creuse beaucoup de trous sans les combler par la suite et surtout, sans dédommager ceux qui resteront avec ce grand vide, une fois les riches partis creuser ailleurs, là où cela coûtera moins cher. À vrai dire, contrairement à ce que l’on pourrait nous laisser croire, ce ne sont pas les politiciens qui mènent le monde et prennent les grandes décisions. Ce sont les actionnaires des grandes compagnies. Les politiciens ne sont que leurs messagers et ils ont pour mandat de diriger la ressource monétaire, là où ce sera politiquement rentable, « gambler » ou pas. Voilà un rôle tout à fait noble quand il est exercé avec la passion du bien être de toute une population. Quand il est exercé uniquement pour sa gloriole personnelle, là c’est une toute autre paire de manches. Les pays qui ont des gouvernements démocratiques comme le nôtre peuvent toujours porter un jugement de valeur sur leurs politiciens sans craindre les représailles. Par contre, peu de leurs citoyens sont conscients de la valeur de leur vote et de la nécessité essentielle de la transparence de leurs gouvernants.

Alors, si un enfant vous dit : « Est-ce que le monde va craquer avant que je sois grand ? » Ne riez pas, la question vaut son pesant d’or, même au fond d’un trou.

Bon, « j’m’en vais chercher ma pelle. » et puis bonne semaine à toutes et à tous.

GG

(1)Jacques Grand’Maison, « Société laïque et christianisme » Novalis, page 47, dernier paragraphe.