Par Georges Gaudet
L’été, l’été, l’été… enfin peut-être!
*Aie; au moment où j’écris ces lignes, nous venons tout juste d’avoir trois jours de soleil et « en ligne » s’il vous plaît. Le soleil, cela faisait tellement longtemps qu’on l’attendait celui-là, même que je nous soupçonne d’avoir été prêts à lui pardonner le plus grand des air frisquet en autant qu’il ait bien voulu nous montrer quelques-uns de ses rayons. Alors comme il est bien possible que l’été, le vrai celui-là, veuille bien se montrer le bout du nez, voici donc une petite histoire de circonstance estivale, question de nous faire oublier les ratés politiques récents de notre belle démocratie.
L’histoire de Ti-Prout
Je l’ai trouvé sur internet, précisément sur un site d’annonces classées. Sa coque noire toute défraîchie, l’air piteux et mal en point s’accordait bien avec le prix ridicule annoncé. Il était là depuis des mois et je me disais que si je passais par Charlottetown, j’irais bien voir ce restant de chaloupe qui en plus, portait le nom manufacturé de « Skunk », c’est-à-dire (moufette). Je sais que cela peut paraitre ridicule, mais je crois que tous les bateaux ont une âme, une trace d’humanité qui vient probablement de la première personne qui en a conçu les plans ou la réalisation. Quant à appeler sa création « moufette », il faut se demander dans quel état d’esprit était le designer quand il a conçu ce petit dériveur.
Trouver un nouveau nom
Il s’est imposé de lui-même et malheureusement par le biais d’une histoire un peu triste. Au cours de l’hiver 2010, notre petit chien « Poppy » que parfois nous appelions (Ti-Prout) à cause de son allure bien spéciale, trouva le moyen de nous échapper pour trouver une mort instantanée sous les roues d’une voiture. C’était un 3 février et malgré le sol gelé, c’est au pic et à la pelle, les larmes aux yeux, que nous lui avons fait une sépulture à la mesure de la douleur qui nous habitait. Incidemment, une fois la chose faite, je remarquai que notre bon vieux Poppy reposait non loin du petit voilier que j’avais finalement acheté l’été précédent puis presque abandonné dans un sous-bois, juste à côté de la tombe de notre petit compagnon dont le départ nous faisait encore mal. Ce fut donc décidé, j’allais réparer ce petit voilier tout « maganné » et l’appeler, non pas Poppy, mais « Ti-Prout », justement pour donner à ce tas de fibre de verre tout craquelé un peu de la beauté de notre cher Poppy.
C’est donc au cours de l’hiver dernier que je me suis mis au travail. Une peinture neuve à l’extérieur, la réparation de la poupe, du safran, de la dérive, des bancs, de l’emplanture du mât, des caissons étanches et d’une petite cale de remisage, firent partie des réparations, en plus de la voilure, du mât, de la peinture intérieure et de la remorque. Un long travail, beaucoup plus facile à décrire qu’à exécuter, mais qui ne s’entreprend jamais avec une telle passion que si une autre raison nous motive en arrière-plan.
Entre-temps, une petite chienne du nom de « Cannelle » est entrée dans nos vies tout en prenant autant d’espace que notre regretté Poppy. Les chiens ont cette faculté innée de savoir se faire aimer de tous ceux dont ils semblent lire la peine intérieure.
Enfin, l’hiver est passé, les travaux sur mon petit bateau ont pris le dessus et puis vendredi le 24 juin, fut le grand jour. Pour la première fois depuis des années, Ti-Prout flottait, son capitaine mit les voiles et par une bonne brise de suête (sud-est), il parcourut la baie du Cap-vert avec toute l’agilité et la grâce qu’un voilier peut démontrer quand il fut bien construit au départ, par son créateur.
Les pieds sur terre
Bon, je sais! – ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai les deux pieds sur terre même si je vous ai amené dans un petit rêve léger à propos de la perte d’un animal domestique et la renaissance d’un petit voilier de 11 pieds de longueur ( 3,35 mètres). Je sais que certains vont trouver cela ridicule, vont en rire ou même faire preuve d’un certain mépris pour de tels sentiments à l’égard d’un chien et du lien indirect créé avec une petite chaloupe à voile bien ordinaire. Pourtant c’est là l’essence même des vraies valeurs. Si tous les êtres humains en arrivaient à éprouver un minimum de sensibilité envers l’univers qui les entoure, les animaux et même les objets fruits de leur imagination créatrice, je gage qu’il y aurait moins de guerre, plus d’amour et plus de justice sur cette terre.
Les marins anglais ont un dicton : « The smaller the boat, the greater the fun » (Plus le bateau est petit, plus le plaisir est grand). Je gage que pour certains, mon histoire aurait été bien plus intéressante s’il s’était agi de la reconstruction d’un voilier de plusieurs milliers de dollars associés au souvenir d’un riche propriétaire. Et voilà où réside tous les problèmes de notre monde avec leurs bagages de conséquences. Nos yeux voient grand, mais notre cœur demeure petit. « On est « ti-bien » avec notre piscine » et l’autre de répondre, « On est « ti-bien » avec notre piscine creusée ».
Pendant que le vent poussait avec force dans la petite voilure de Ti-Prout, je regardai un instant le merveilleux paysage dans lequel je baignais. Une prière traversa mon esprit à la vitesse de l’éclair. « Mon Dieu, faite que personne n’ait envie de venir nous interdire ce petit coin de paradis pour ne le réserver qu’aux riches et aux biens nantis. »
Personne d’entre nous avons choisi « notre piscine » avant de naître et qu’elle soit grande ou petite, creusée ou hors terre, l’important ne serait-il pas que l’eau y soit propre et qu’elle soit la propriété de tous ceux et celles qui sont prêts à en respecter les lieux?
Voilà, la réflexion… et la petite histoire vraie qui se terminent ici. Je vous souhaite un bel été, à vous toutes et tous, amis lectrices et lecteurs, sur tous les terrains de camping des Îles, dans tous les ports de mer et sur toutes les grandeurs de bateaux du monde. L’important n’est-il pas d’être heureux avec ce qu’on a et c’est ce que je vous souhaite à toutes et à tous. Cette chronique ne s’arrête pas ici, mais elle fera relâche à partir de la première semaine d’août. Entre temps, j’essaierai de vous amener en voyage, que ce soit sur les routes intérieures comme celles de l’extérieur.
Je vous souhaite donc un bel été.
*Photos GG et Raymonde LeBlanc
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire