Par Georges Gaudet
Des chiens qui ont le pied-marin
Peut-être devrions-nous utiliser le terme, chien aux « pattes-marines,» toujours est-il que contrairement à la croyance populaire, ce n’est pas parce que vous avez comme meilleur ami un superbe labrador aux yeux mélancoliques, à la fourrure riche et aux oreilles toujours à l’écoute, que ce quadrupède aura à coup sûr le pied-marin. Ceci n’en fera pas un non moins fidèle ami que vous pourrez aimer et qui sera votre compagnon de tous les jours, mais comme on dit chez les humains, la provenance d’une bonne famille ne garantit pas nécessairement le bon comportement.
Si une très grande partie des humains trouvent une véritable joie dans le compagnonnage avec ces quadrupèdes de toutes les races, c’est bien parce qu’ils y trouvent mutuellement bien plus d’avantages que d’inconvénients. Trop souvent cependant, l’homme, de par sa supériorité intellectuelle, exigera de son compagnon à quatre pattes de performer selon ses critères à lui plutôt que de respecter la nature intrinsèque de son animal, et cela est très triste. Dans le monde des relations hommes/animaux, rien n’est plus satisfaisant que de voir son animal préféré partager avec soi quelques uns des mêmes loisirs et des mêmes intérêts. Que ce soit à la chasse, sur l’eau, en promenades, en voyages ou simplement à la maison, il est vrai que ces compagnons bien vivants et bien réels sont une source de plaisir qui bien souvent, ouvrent nos esprits sur les véritables valeurs de la vie. Observer et être à l’écoute de son chien vaut son pesant de satisfactions tout en l’instruisant dans le respect de ses capacités et de son code génétique. Les deux y trouveront leur compte bien plus qu’à tenter de forcer « la nature ».
Manu et les doris, un mauvais mélange.
Tom Jackson, coéditeur de la revue internationale WoodenBoat a écrit un bel article sur la relation privilégiée qu’il a réussi à développer avec son chien Biscuit, un superbe labrador noir, tout jeune et tout fringuant. Il faut ajouter cependant qu’il avait un bon point de comparaison. Pendant huit années auparavant, un autre labrador de même lignée que Biscuit avait vécu auprès de son maître presque tous les jours, l’accompagnant partout et séjournant même sous le bureau de l’éditeur quand celui-ci écrivait ses chroniques. Il s’appelait Manu et bien que fidèle compagnon de tous les articles des magazines de la mer, Manu était toujours demeuré une véritable catastrophe dans un doris, allant de l’avant à l’arrière, d’un côté à l’autre, sans avertissements, passionné de tout ce qui se passait sur l’eau, mais inconscient qu’il pouvait renverser le Glocester dory de Tom à peu près n’importe quand. Cela n’était pas très commode pour cet éditorialiste puisque chaque matin, de avril à octobre, cet homme se rendait à son travail à la rame, préférant les coups d’avirons à travers toute la baie pendant environ une demie-heure matin et soir plutôt que l’autoroute longeant le pourtour du rivage. Malgré tout, Tom aimait son chien, mais un jour il le perdit alors que ce dernier mourut sous les roues d’une voiture. L’éditorialiste n’hésite pas a dire que cela lui aura prit deux mois pour se remettre de ce deuil. Eh oui, il existe des gens qui aiment vraiment leurs animaux et il n’y a rien de mal à ça. Le tout est de garder un regard rationnel et compréhensif sur ce monde animal qui nous entoure.
C’est ainsi que deux mois plus tard arrive dans la vie de Tom, un chiot qu’il appelle Biscuit, une espèce de grossière photocopie de Manu, mais en beaucoup plus petit puisqu’il s’agissait d’un jeune chiot. Comme le doris de Tom séjourne dans le hangar juste à côté de son bureau pendant l’hiver, Tom installe le chiot dans le centre du doris quelques minutes à chaque jour, utilisant le fond de l’embarcation comme un ber pour bébé. Pas d’entraînement, pas de discipline ajoute-t-il et surtout pas de répétition forcée. Alors que le printemps arrive, Biscuit fait déjà dans les 55 livres (25 kg) et dès la première mise à l’eau du doris, il s’installe parfaitement là où le rameur le souhaite, soit en plein milieu du centre de gravité, hors la portée des rames et il ne bouge absolument pas, sauf pour contrebalancer naturellement tous mouvements de tangage ou de gîte. C’était comme s’il avait fait cela depuis sa naissance de dire Tom.
Aujourd’hui, Biscuit pèse un bon 85 livres (38 kg). Chaque automne, Tom, son épouse Corinne, Biscuit et tout l’équipement de camping en plus d’une glacière de nourriture, font partie de la charge embarquée à bord de leur petit doris de 15 pieds (4,5m). Toute cette équipée part alors pour une longue excursion en camping le long des rives de la Nouvelle-Angleterre. Pour Tom Jackson, Biscuit est pure chance et il refuse de prendre crédit pour le bon comportement de son chien. D’autres seraient en désaccord, mais le résultat est tellement probant qu’il a fait les trois quart d’une page d’une revue maritime. L’éditorialiste termine ainsi : « Le vieux Manu était un bon et grand labrador noir, excellent chasseur de balles, talentueux vocaliste, superbe chien nageur et excellent chien de traîneau en plus d’aimer tout le monde. Cependant, dans le doris, il était pure chaos. Il ne différenciait pas l’air de l’eau et semblait penser que nous étions comme lui. Aujourd’hui, bien qu’il me manque parfois, je considère l’adoption de Biscuit comme une pure chance. Même quand la boîte à lunch est à bord, il ne tente même pas de la sentir tant que nous ne sommes pas arrivé au bord de la rive. Cela ne l’empêche pas de suivre du regard et avec grand intérêt tout ce qui se passe autour de nous, les bateaux de passages et le vent qui faiblit ou forcit. Il y plante ses narines comme s’il analysait tout et regarde soit vers la côte ou vers le large, comme pour me dire on rentre, oubien on continue. »
Cannelle à bord
Trempé, le museau plein de sable, la compagnie de ses maître, quoi de mieux pour un chien. Si au départ il ne fut pas traumatisé de l’exercice, c’est le bonheur pour ce quadrupède.
Pour les lectrices et lecteurs de cette chronique, Cannelle est une célébrité et je crois qu’elle le sait, même que parfois elle se comporte en vedette, capricieuse et parfois carrément prétentieuse, un comportement de vedette quoi!... mais Cannelle aime les bateaux et aussi l’eau. Pourtant ce ne fut pas toujours le cas. Comme Tom Jackson, je ne l’ai jamais forcée à monter à bord. Voulant nous suivre partout ma compagne et moi, sa première expérience en mer ne fut pas traumatisante, mais pas loin. Alors, la seconde occasion fut le test. Allait-elle vouloir nous suivre à bord d’elle-même ou allait-elle rebrousser chemin pour se réfugier dans la voiture sur le quai. C’est elle qui a fait le choix et aujourd’hui, Cannelle est un formidable compagnon de mer. Elle n’est pas folle de la grosse houle ou du gros clapot, mais bien des humains ne font pas mieux. Quant à l’eau salée, cela est passé de la crainte à l’envie de patauger dans tout ce qui est trempé, ensablé et qui sent fort, que ce soit de l’herbe marine ou des coquillages. Il faut demeurer sur nos gardes et surveiller, sans quoi elle pourrait se rendre malade. Il nous reste maintenant à trouver un gilet de sauvetage parfaitement adapté à ses 13 livres (5,8 kg) et si le soleil avec vents modérés pouvaient se pointer le nez, ce serait paradisiaque.
Ok, je sais, nous sommes un peu « gagas » avec les animaux, mais si je peux partager ici une expérience personnelle, j’affirme sans aucune hésitation que c’est par l’approche des animaux de compagnie et de toute la nature en générale, que tout en vieillissant, j’en arrive à accepter certains travers de la nature humaine. Une vraie thérapie quoi!
Reste à souhaiter que le soleil soit un peu plus généreux avec nous… un de ces jours!
*Photos : Georges Gaudet et Raymonde LeBlanc
2 commentaires:
Tu as parfaitement raison, les animaux (mes 2 chiennes labrador)et la nature me permettent de passer au travers les épreuves de la vie !!! Je t'aime beaucoup et merci pour tes commentaires :-))) Bon été à vous 2 xoxo
Je suis entièrement d'accord avec toi Georges, mes 2 femelles labrador ainsi que mon p'tit coin de paradis sur le bord d'un lac me permettent de passer au travers les épreuves de la vie plus doucement...
Bon été à vous 2 ! xoxo
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