dimanche 17 juillet 2011

Vous avez dit justice!… mais quelle justice?

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

La société du “Cé pas d’ma faute.”

Je m’étais juré de ne point en parler et de continuer de vous entretenir sur les bateaux, leurs équipages et leurs histoires pendant cette période estivale. Cela devra attendre à la semaine prochaine puisque je ne peux me retenir plus longtemps. Comme beaucoup d’entre vous, je fus jeté par terre, quand j’ai appris que le Dr Guy Turcotte venait d’être innocenté de l’assassinat de ses deux enfants, Olivier et Anne-Sophie, respectivement âgés de cinq ans et trois ans et assassinés de 27 coups de couteaux pour Olivier et 19 pour Anne-Sophie.

Je sais qu’il y en aura toujours pour admettre l’odieux tout simplement pour s’illustrer au-dessus de la pensée collective comme s’ils en étaient supérieurs ou considérait celle-ci comme indigne de leur savoir et leur standing. Je sais qu’il y aura toujours des innocents et des croyants inconditionnels en notre système judiciaire pour admettre à peu près n’importe quoi parce que cela vient d’en haut. Je sais qu’il y en a d’autres qui se disent que 11 personnes sur un jury ne peuvent s’être trompées à ce point. À ceux-là, je leur réponds que 45 millions d’Allemands se sont trompés en suivant un seul homme, il n’y a pas plus d’un demi-siècle de cela. Ce qui s’est produit lors du procès de Guy Turcotte est non seulement une erreur judiciaire, c’est toute une société qui est éclaboussée, bouleversée, fragilisée et en prime, trompée. Elle fut trompée par un système en lequel il n’est plus possible de croire, un système en lequel on ne peut plus avoir confiance. Pour ceux qui prétendront que c’est un tel jugement qui fait preuve d’une réelle justice et que ceux qui ne sont pas d’accord avec la conclusion ne sont que des gens qui crient vengeance, je leur réponds qu’il faut être bien naïf pour tirer des conclusions aussi simplistes. Le raisonnement d’une majorité de citoyens en désaccord avec le jugement rendu est bien plus complexe que cela et c’est minimiser une certaine intelligence collective que de réduire la réaction populaire à une telle conclusion. Vengeance pour certains, oui; mais peut-être que si le tribunal n’avait pas eu l’air d’une pièce de théâtre ou les dés ont semblé pipés à l’avance depuis le début, cette société révoltée contre la conclusion du verdict aurait peut-être été en mesure de mieux comprendre tout l’enjeu qui s’est déroulé sur la place médiatique, plutôt que cette claque au visage des gens qui avaient encore une confiance minime en notre système judiciaire.

Le Jury

Onze personnes de toutes provenances dit-on, mais onze personnes qui n’ont pas hésité à expulser un des leurs parce qu’au cours d’un dîner entre eux, il aurait dit être convaincu que l’accusé était un assassin. Eh bien quoi?-Guy Turcotte lui-même l’a dit et jamais personne n’a contesté cette affirmation. Alors, pour faire partie de ce jury, fallait-il déjà, aux tous débuts, être « en faveur de l’accusé », car ne me dites pas que la neutralité existe chez l’être humain. Le raisonnement, l’analyse de preuves et la logique peuvent changer une opinion et c’est justement pour cela qu’un jury existe. Le choc d’idées, opinions et preuves pluralistes peuvent orienter un consensus, qu’il soit en faveur ou contre un accusé. Cela ne semblait pas être le cas aux tous débuts de ce procès d’autant plus que ces mêmes membres du jury n’ont pas hésité à signifier leur désaccord sur les mimiques de l’avocat de la poursuite et sa façon de consulter Isabelle Gaston, la mère des deux enfants, pendant le procès. Pourtant, un avocat à la retraite déclarait récemment que les procès devant jury étaient une méthode archaïque de juger un accusé. Aussi ajoutait-il à peu près ceci. Nous savons tous qu’un procès devant ses pairs est une opération charme de la part des deux parties et que cela n’a rien à voir avec la réalité. Les avocats de la couronne comme ceux de la défense finissent toujours par connaitre les principaux traits et faiblesses de la plupart des membres du jury et jouent toutes leurs cartes afin de créer le moindre doute dans l’esprit de ne serais-ce qu’une seule personne. D’ailleurs, c’est connu de tous que les personnalités ne sont pas toutes égales sur un jury et que c’est la plus dominante d’entre toutes que les avocats s’acharnent à déceler afin qu’elle influence l’ensemble du groupe. Lors d’une entrevue sur les ondes de Radio-Canada, l’ancien ministre de la justice du Québec et avocat, Me Jean-Marc Fournier, déclarait sans ambages que le temps est venu de tenir les grands procès devant trois juges seulement et pour toutes sortes de raisons logiques qu’ils serait trop long d’expliquer ici.   

Les lettres de Guy Turcotte

Avez-vous lu ces lettres?-moi oui, après le procès bien sûr et parce qu’elles sont maintenant publiques, le juge les ayant frappées d’une ordonnance de non-publication, déclarant qu’elles n’étaient pas assez contemporaines du moment fatidique du 20 février 2009, moment ou Guy Turcotte à assassiné ses deux enfants. Eh bien, ces deux lettres, écrites par Guy Turcotte à son ex-conjointe et mère de ses deux enfants le 12 juillet et le 04 août 2009 alors qu’il était détenu à l’Institut Pinel où il recevait des soins psychiatriques, sont d’une froideur à vous glacer le sang dans les veines. L’accusé ne parle absolument pas de ses enfants sinon que pour mentionner ce qu’il a « acheté aux enfants » et qu’il n’a pas inclus dans les calculs qu’il dicte à son ex-compagne à propos du partage des biens. Il s’agit d’un homme calculateur, méticuleux, maniaque des détails : « il faudrait ajouter le prix du rack à ski et du rack à vélo qui font aussi partie des acquêts depuis notre mariage. » Dans ces lettres, il est question du prix de vente de leur maison, du prix des obsèques « qu’il dit vouloir payer », ce qui ne fut pas le cas et en plus, il termine ainsi : « J’aimerais aussi récupérer tous les livres de Harry Potter si tu n’y vois pas d’inconvénients (j’ai seulement les 3 derniers, j’aurais aimé avoir aussi les 4 premiers). »

Certains y verront la preuve que Guy Turcotte est un être malade et que ce n’est que justice de l’avoir innocenté du meurtre de ses enfants. Eh bien non!-ces lettres sont d’une rectitude médicale, d’un cerveau calculateur, froid et je dirais presque chirurgical. L’homme calcule, déduit, analyse et tire des conclusions, un peu comme il était sans doute capable d’ouvrir un thorax, y enlever un cœur pour le réparer et puis le replacer là où il faut. Un spécialiste, sans émotion, incapable de différencier entre émotions et sentiments, raisonnement objectif et subjectif, la parfaite définition d’un monstre. C’est un peu comme si cet ordinateur sur lequel je rédige ce texte avait la faculté de se sentir lésé et décidait de me jeter par la tête mon imprimante. Pas d’émotion, pas de sentiments, juste un résultat. Encore là, certains diront que tous ces faits sont des raisons suffisantes pour innocenter Guy Turcotte. Encore une fois, NON! –je suis de ceux qui croient que tout homme qui assassine un autre être humain est un homme qui perd momentanément la tête et cela est vrai pour tous les individus. Cependant ceci ne les excuse pas de l’acte perpétré parce que j’ai la conviction qu’il y a eu avant, une pensée préméditée ou du moins accompagnée de facteurs circonstanciels amenant la mort. Le gars qui part avec un fusil chargé pour la banque n’est pas innocent, même s’il n’a pas l’intention de tuer.  Jamais on ne me fera croire que de donner 46 coups de couteaux à ses deux enfants alors que le plus vieux criait « papa ne fait pas ça » rien que pour se venger de son ex-compagne qui l’avait éconduit et par la suite de se gaver d’antigel pour prétendre à la tentative de suicide, est un geste désespéré. NON encore une fois, jamais de la vie, surtout quand on est médecin et qu’on sait que cela peut prendre plus de 24 heures avant que les effets de l’antigel soient irréversibles.

Qu’aurais-je souhaité?

En tant que citoyen, pas la mort de Guy Turcotte, mais certainement pas d’être innocenté. Je suis contre la peine de mort, c’est un geste barbare et indigne d’une société. Je suis aussi contre la prison à-vie, (la vraie, pas le 1/6e d’une peine) sauf pour des cas exceptionnels qui s’avèrent irrécupérables et dangereux pour la société. Guy Turcotte aurait dû être condamné à 20 ans de prison avec obligations de soins psychiatriques appropriés, mais sans libération conditionnelle avant ces vingt années et seulement après une sérieuse évaluation prouvant que dans des circonstances semblables, l’homme ne commettrait pas à nouveau un tel geste. Au lieu de ça, notre belle société du « Cé pas d’ma faute », notre société qui ne trouve pas de coupable quand un viaduc tombe sur la tête de pauvres innocents, qui libère plus d’une vingtaine de Hells parce que le procès aurait dérapé,  aura bientôt libéré un monstre qui n’a sans doute jamais appris que la souffrance, l’erreur et la frustration, sont le lot des choses normales d’une vie. Quand j’ai lu le résumé du témoignage de la mère de l’accusé, j’ai immédiatement dit à ma compagne;  « Gages-tu que le “sacrament”…va s’en tirer? » et j’avais raison. Quand une mère témoigne en étant incapable de faire la différence entre l’amour maternel tout à fait légitime et l’amour inconditionnel qui pardonne tout comme si l’enfant qu’elle avait eu était un dieu, comment alors peut-on avoir un fils qui soit imparfait, moi je vous le demande? Quand un psychiatre témoigne de l’esprit calculateur et prémédité de l’accusé puis un autre, arrivant avec une réputation (bien payée) de ne jamais perdre une cause dit le contraire de son confrère, alors qui croire? Voilà en tous cas une foutue claque sur le sérieux de la psychiatrie.

Et je termine ainsi cette chronique parce que je l’avoue, j’en ai « le shake » de déception et d’écoeurement. Comment alors croire en la justice?- je suis écoeuré de ces hommes et parfois ces femmes, qui tuent des enfants pour faire souffrir quelqu’un d’autres. Je suis écoeuré de cette lâcheté que l’on nous présente comme une folie « passagère. » Aujourd’hui, on enseigne à nos enfants à toujours être les premiers et à ne jamais admettre leurs fautes. On en fait des enfants rois, des tous puissants avant l’âge,… des cardiologues réputés avec un âge mental de 7 ans. « Tu m’as humilié en me quittant, alors je vais tuer « nos » enfants pour que tu ais mal toute ta vie. » comme si : « Tu as cassé mon jouet, tiens prend-en plein la gueule. » …et bien sûr, personne n’est responsable de rien.

GG