dimanche 4 septembre 2011

De retour en Amérique

Par Georges Gaudet

georgesgaudet49@hotmail.com

Trahison, sang et poussière d’un « vieux pays » devenu beau.

Le train qui m’amène de Londres vers Portsmouth au sud-est de l’Angleterre me porte à la rêverie et au bilan des sept derniers jours passés en terre de la Grande Bretagne. Au son du bruit strident des roues métalliques qui parcourent les rails à une très grande vitesse et sans le « ti-tic, ta-tac » des trains traditionnels du Canada, je porte la voix vers mon enregistreuse électronique afin de ne pas oublier les pensées qui me trottent en tête depuis le départ du quai de la gare.

Soixante-sept ans passées, combien de Canadiens, combien de Québécois, combien de Madelinots, ont pris un train semblable pour les mener à l’un des points de départ de la flotte des Alliés qui allait les débarquer le lendemain sur les côtes de Normandie, tout simplement pour aller y mourir sous la mitraille Allemande. La belle campagne anglaise défile vite, trop vite, devant la fenêtre de ce train moderne. Je me demande si ces jeunes hommes, à l’époque du débarquement, trouvaient eux aussi que le train qui les menaient vers leur destin, filait trop vite. Les récits d’histoires nous ont habitué aux images en noir et blanc, mais eux, tout comme moi en cette journée, ont vu la couleur de ce merveilleux paysage. Certains d’entre eux l’ont d’ailleurs vu pour la dernière fois. Ils allaient dit-on libérer la France et le monde libre de « la botte Allemande » et comme disent les anglais, « pour Dieu et le Roi. » J’avoue avoir un petit agacement  quand je lis ce “slogan” où on y associe Dieu et un Roi, tout comme s’il s’agissait d’une fraternité toute naturelle. D’ailleurs, si Dieu existe, je ne suis pas convaincu qu’il est très fier de voir son nom associé à quelques uns de ces Princes au passé plutôt tordu et sanguinaire.

À Londres

Notre ami Frixos Sekkides, l’opérateur-radio du bateau naufragé Corfu Island et maintenant personnage connu des madelinots, nous a accueillis, ma compagne et moi, de façon splendide lors de notre arrivée en terre londonienne. Comme cet accueil mériterait une chronique à lui seul, je vais m’en tenir aux pensées qui filaient en ma tête le jour du départ vers le traversier qui allait me mener à travers La Manche et vers Le Havre en France.

Malgré les troubles et émeutes qui ont fait la nouvelle autour du monde, Londres est une belle ville, une ville propre, une ville culturelle, remplie d’histoire, de monuments et d’attractions touristiques toutes plus intéressantes les unes que les autres. Ville de renommée mondiale pour ses comédies musicales, ne manquez pas « Billy Elliot » si vous y passez un jour. Je vous assure que l’histoire, la musique et le jeu des acteurs vous feront passer par toute la gamme d’émotions, allant de l’admiration à la fascination et du rire aux larmes. Comme dans toutes les villes historiques de ce genre, il y a des incontournables. La tour de Londres, le London Bridge et son pont levis, le London Eye, tous les palais de la royauté, les parcs, les églises et les abbayes,…etc. P7310080Le London Eye, supposément la plus grande roue panoramique au monde. Attraction par excellence, une vingtaine de passagers montent dans chaque cellule en plexi alors qu’une circonférence complète de cette grande roue dure 13 minutes exactement. La vue de Londres y est de toute beauté.

Toutes ces attractions sont l’histoire de l’Angleterre et comme celle de la France de même que celle de tous les grands empires, elle est tissée de conquêtes, de guerres, de victoires et comme par magie, jamais de défaites. Bien qu’extrêmement polis et sans air hautain particulier, les Anglais de Londres semblent demeurer convaincus que leur empire domine encore le monde, que leur royauté est toujours la plus puissante de la terre et que leur démocratie est la meilleure qui soit. Cela ne les empêchent pas de vanter les atrocités commises dans La Tour (The Tower) au cours des siècles, de minimiser le nombre de têtes coupées lors de petites et grandes guerres de pouvoir entre clans et monarques, tout en spécifiant que c’est ainsi que leur empire s’est édifié au cours des siècles derniers. Petite parenthèse en passant, il ne faudrait pas croire que la France faisait mieux à la même époque. Alors qu’on dénombrait un peu plus de 80 têtes coupées dans l’empire britannique, la France en comptait plus de 2000 passées sous le couperet de la guillotine. Cependant, cela n’a pas empêché cet amalgame de clans descendants des Celtes d’ériger des monuments qui sont de véritables chef-d’œuvres architecturaux d’une grande beauté. Il en est ainsi de l’Abbaye de Westminster, lieu où sont couronnés les Rois et Reines, là où sont célébrés les grands mariages comme ceux du Prince Charles et Lady Diana puis tout récemment, celui de Kate et le Prince William. Se promener dans cette abbaye, c’est comme se promener dans un cimetière rempli de criques, de tombeaux scellés, décorés de masques funéraires, de statues et d’effigies de tous ces rois, reines, chevaliers et conquérants d’une autre époque. Les vitraux sont d’une beauté époustouflante et les photos y sont interdites, quel dommage. Incidemment, l’histoire racontée par le parcours guidé demeure on ne peut plus teintée de chauvinisme. Selon le récit officiel, ces héros anciens ont tous mérité leur gloire et ce, même à travers leurs grandes trahisons comme la condamnation à mort de la reine Marie Stuart, la décapitation des femmes du roi Henri VIII, l’assassinat des Princes Édouard et Richards, tous deux âgés respectivement de 9 et 12 ans ainsi que d’autres petites horreurs du genre.

Dans cet amalgame historique teinté de tombeaux poussiéreux décorés de riches ornements, l’histoire de la gloire de cet ancien empire passe outre l’apport exceptionnel des colonies une fois conquises. Sans ces colonies, sans les gens qui ont par la suite combattus sous les étendards de ces rois et reines, l’Angleterre ne serait jamais devenue ce qu’elle fut sous le règne de la reine Victoria et encore moins, ce qu’elle est devenue aujourd’hui.

P8050119L’abbaye de Westminster

En entrant dans l’Abbaye de Westminster, le visiteur trouve juste sur sa droite un immense monument consacré au général Wolf que l’on décrit comme le grand vainqueur de la province de Québec, pas du Canada, mais de « la province de Québec.» Le personnage est décrit comme un héros mort au champ d’honneur, toujours et encore pour Dieu…et le Roi. On oublie avec un certain détachement qu’il avait massacré toute la côte de Beaupré, les fermes et ses habitants, avant d’atteindre les Plaines d’Abraham. Le monument en question présente un grand chevalier du bien, vainqueur sur le mal. Admettons que c’est assez agaçant pour un Québécois, même si cela demeure de l’histoire ancienne.

À la toute fin du parcours, j’ai photographié « en cachette » le mémorial au soldat inconnu, mort au combat, mais quand même vainqueur de la première guerre mondiale. Une dalle noire entourée de coquelicots et sertie de lettres d’or en fait le plus beau monument de cette abbaye.

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Quand je suis sorti de ce voyage dans le passé, splendeur, beauté et tristesse se chevauchaient en ma tête, mais ce n’était pas là les trois mots les plus importants. J’ai dit à ma compagne :  « je crois que je viens de comprendre comment se bâtissent les empires. Ils sont bâtis sur trois piliers. La trahison, le sang et la poussière. » Pas étonnant qu’ils finissent toujours par s’écrouler un jour, jusqu’à ce que leur histoire serve d’attrait à des visiteurs comme nous, descendants de ceux qui ont survécus à ces guerres sanglantes.

Quelques attractions

P8010113La Tour de Londres (The Tower)

P8040004Pont de Londres sous la pluie. Incidemment, en 21 jours de voyage, il n’a plu que trois fois tout au long du parcours

P7310085Big Ben

P8010124Le Londres des magasins

Particularités amusantes

P8010122Les amuseurs publics foisonnent et certains rivalisent de talent, surtout si vous avez glissé quelques pennies (sous) dans leur chapeau.

P8030220Humour anglais dans un pub : « Si vous êtes assez chanceux d’avoir l’air de moins de 21 ans, il se pourrait qu’on vous demande une preuve d’identité.

La traversée de La Manche

Le train s’arrête, c’est le terminus. Bientôt je vais traverser La Manche en bateau, soit le même parcours que nos soldats canadiens ont traversé dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, encore et toujours …pour Dieu et le Roi. De l’autre côté de la rive, sous la pluie des balles, cela allait devenir… « Pour Dieu et la Patrie. »

À la semaine prochaine.

GG

*Les photos sont toutes de l’auteur de cette chronique